Reconsidérations sur l’Antiquité Européenne

Entretien (extrait) de Jean Deruelle par ArtsLivres. (2001)
Cet ingénieur polytechnicien consacra dix ans à re-étudier les Antiquités européenne et égyptienne, recalibrant par dendrochronologie les dates établies au radiocarbone.
Retour sur la civilisation mégalithique, Européenne, Malte, Imhotep, Mycènes, Ramsès III, les Sumériens, la Grèce Héroïque…

Entretien complet ici

Note perso : La découverte du « Disque de Nebra » (-1600 ans) en 1999, quelque temps avant cet entretien (et le décès de JD) et celle du « Cercle de Goseck » (-4800 ans) en 2003 (observatoire néolithique proche du site de Nebra, faisant partie d’un ensemble de plus de 200 sites monumentaux), et d’autres exemples comme les tablettes de Tartaria (voir plus bas) ne fond que confirmer certaines thèses de Jean Deruelle…

Epées retrouvées avec le Disque de Nebra
Epées retrouvées avec le Disque de Nebra

Extrait entretien :

ArtsLivres : Monsieur Deruelle, quelle est l’ambition à votre travail ?

Jean DERUELLE : Oh, elle est simple : tenter de sortir l’Europe de la méconnaissance de son propre passé, de cette certitude qu’elle était demeurée barbare jusqu’à l’arrivée des Romains. Par exemple, les livres scolaires en France enseignent encore que notre Histoire commence avec nos ancêtres les Gaulois…. Or cela est faux bien entendu, car du temps de César, l’Europe avait déjà 5000 ans d’existence et comptait d’importantes productions lithiques et métallurgiques. Simplement, elle est méconnue, car les scientifiques généralement se taisent en l’absence de preuves tangibles, craignant les conséquences d’une erreur toujours possible. C’est fâcheux, car il y eut d’étonnantes civilisations à l’âge du bronze et à l’âge du fer, en un laps de temps si court qu’on peine encore à les reconnaître et à voir leur ordre d’apparition !

De fait, l’essentiel de ma thèse repose sur la re-calibration du radiocarbone par dendrochronologie, car on sait pertinemment que le ratio 14C/12C n’est pas constant d’une année sur l’autre, il varie le temps et l’activité solaire. C’est pourquoi il est bien établi maintenant que la demi-vie du carbone 14 est un peu plus longue qu’on ne le croyait il y a quelques dizaines d’années… Il faut donc corriger les datations d’environ 3% vers le passé, elles sont donc un peu plus anciennes comme je les ai recalculées dans mes deux livres…

Or il se trouve l’histoire et l’archéologie donnent encore souvent les dates au carbone 14 sans préciser si elles sont re-calibrées ou pas. Ces dates sont gardées brutes, même devant l’évidence, par facilité, paresse ou simplement par peur des conséquences historiques à repousser des dates symboliques aussi bien ancrées dans nos esprits. En effet, certains scénarios bien établis sont à revoir entièrement sur la base des datations correctes.

ArtsLivres : Qu’en est-il de ces anciennes civilisations européennes ?

Jean DERUELLE : Jusqu’à récemment, on ne parlait guère d’âge du cuivre en Europe, car on il semblait trop court. Mais le radiocarbone l’a depuis étalé sur plusieurs siècles, ce qui change la donne. Par exemple, on croyait que le bronze avait été introduit par des métallurgistes itinérants en provenance de Byblos au Levant, où le bronze est bien daté grâce aux torques exhumés… Mais contrairement à certaines thèses en vogue, je doute que les milliers de torques en bronze déterrés en Europe soient le fait de Levantins venus en Europe enseigner leur technique, ne serait-ce que par l’inadéquation temporelle : ceux d’Unetice, en Tchéquie actuelle, sont antérieurs. En fait, ces dates chevauchent celles des invasions indo-européennes, or c’est à eux qu’on prête généralement l’invention du bronze. En outre, une brillante civilisation du cuivre exista dans les Balkans vers 5000~4200 avant notre ère. Elle fut prospère, avec force mines, forges et usines. Il y eut aussi la civilisation de Cernavoda en Roumanie au IVe millénaire. Cependant, toutes deux furent anéanties lors "d’invasions barbares"… On a retrouvé dans un foyer à Tartaria, en Roumanie, trois tablettes de terre cuite portant des signes d’écriture semblables aux tablettes primitives de Mésopotamie ! Certains pensent qu’elles sont dues à des négociants orientaux, mais le radiocarbone a re-calibré leurs cendres à -4500 ! On admet donc que cette culture de Tartaria avait la notion d’écriture dès cette époque. Hélas, vers -4200, elle aussi aurait été ravagée par une grande migration nordique, qui fuyait vraisemblablement un de ces refroidissements climatiques qui surviennent environ tous les 1000 ans. Cela est corroboré par l’archéologie, qui a identifié de grandes vagues migratrices du Nord vers le Sud et l’Est de l’Europe presque tous les mille ans depuis au moins -5000 avant notre ère.

Tablettes de Tartaria
Tablettes de Tartaria

En d’autres termes, elles sont antérieures à l’écriture sumérienne. Néanmoins, les successeurs de Tartaria s’en sont à chaque fois relevés : ainsi, une première vague aurait chassé ces Européens du Sud vers l’Est peut-être, à travers l’Anatolie inhospitalière, vers la Mésopotamie où ils s’installèrent. Puis, mille ans plus tard, une deuxième vague a pu amener ces fonctionnaires sumériens emblématisés par les statues de Goudéa…

ArtsLivres : La climatologie contribue à corroborer certaines de vos hypothèses. Pourquoi ?

Jean DERUELLE : (…) l’Homme prospère quand il fait chaud, et inversement, car des conditions trop propices favorisent la surpopulation et le contraire, l’émigration. Or la climatologie constate des périodes de froid périodiques qui coïncident avec ces vagues de migrations dont je parlais. Or cela nécessite la constitution de bataillons armés pour se défendre et s’imposer en terre étrangère. D’où un renversement du matriarcat en patriarcat (*) : primer la force sur le droit se fait généralement au mépris des femmes, puisqu’elles ne se battent pas. Ces mœurs soi-disant indo-européennes, dont on cherche toujours l’origine, sont donc naturelles et non culturelles : quiconque soumis à de draconiennes contraintes climatiques peut ou doit devenir indo-européen rien que pour survivre. L’adversité force à s’adapter, agressivement s’il le faut, pour se faire une place dans des terres déjà occupées. (*) (…) L’Europe de l’Est a ainsi été aux premières loges pour recevoir ces migrations venues du Nord à la recherche de régions plus ensoleillées…(…) …

(*) Cela ne vous fait pas penser à un scénario actuel ?

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